Souris dans un logement loué : qui paye la dératisation selon la loi ?

Découvrir des traces de rongeurs dans son foyer est une expérience stressante. Pour un locataire, la question de la responsabilité financière et opérationnelle se pose immédiatement : est-ce au bailleur de prendre en charge l’extermination, ou les frais incombent-ils à l’occupant ? La législation française encadre strictement la notion de logement décent, mais la réalité impose des nuances selon l’origine de l’infestation et l’entretien du bien.

La répartition légale des frais de dératisation

Le cadre juridique repose principalement sur la loi du 6 juillet 1989 et le décret de 1987 fixant la liste des charges récupérables. En principe, le propriétaire a l’obligation de délivrer un logement en bon état d’usage, exempt de toute infestation de nuisibles. Si les souris sont présentes dès l’entrée dans les lieux ou si elles résultent d’un défaut structurel du bâtiment, la responsabilité du bailleur est engagée.

Les obligations du propriétaire bailleur

Depuis la loi ELAN de 2018, la décence d’un logement inclut l’absence de nuisibles. Si vous constatez la présence de souris peu après votre emménagement, ou si elles s’infiltrent par des fissures dans les murs extérieurs ou les parties communes, le propriétaire doit financer l’intervention d’une entreprise spécialisée. Cela comprend les produits rodonticides et la main-d’œuvre nécessaire au traitement ainsi qu’au colmatage des points d’accès.

La part de responsabilité du locataire

Le locataire assure l’entretien courant du logement. Si l’infestation résulte d’un manque d’hygiène manifeste, comme une accumulation de déchets ou de la nourriture laissée à l’air libre, le propriétaire peut refuser de payer. Dans ce cas, les frais incombent au locataire. Le décret de 1987 permet au propriétaire de récupérer le coût des produits de dératisation via les charges locatives, mais la main-d’œuvre reste, sauf faute prouvée du locataire, à la charge du propriétaire.

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Situation Responsable présumé Prise en charge des frais
Infestation à l’entrée Propriétaire 100% Propriétaire
Défaut structurel Propriétaire 100% Propriétaire
Défaut d’hygiène Locataire 100% Locataire
Entretien normal Partagée Produits (Locataire) / Main-d’œuvre (Propriétaire)

Les démarches à suivre dès l’apparition des rongeurs

Agir vite évite la prolifération. La première étape consiste à documenter la situation. Prenez des photos des excréments, des emballages grignotés ou des trous dans les plinthes. Ces preuves sont nécessaires en cas de litige concernant l’antériorité du problème ou l’état du logement.

Signaler officiellement le problème au bailleur

Ne vous contentez pas d’un appel ou d’un SMS. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à votre propriétaire ou à l’agence de gestion. Ce courrier doit détailler les signes d’infestation, les dates de constatation et demander une intervention rapide. Ce document constitue la preuve juridique de votre démarche et atteste de votre bonne foi.

Le rôle du syndic de copropriété

Dans un immeuble collectif, les souris circulent via les gaines techniques ou les caves. Si plusieurs appartements sont touchés, le problème devient collectif. Le propriétaire doit alors alerter le syndic de copropriété. Il appartient à la copropriété de voter et de financer le traitement des parties communes. Un traitement individuel est inefficace si les rongeurs prolifèrent dans les murs du bâtiment.

Considérez votre logement comme un maillon d’une chaîne urbaine. Parfois, l’infestation provient d’un chantier voisin ou d’une gestion défaillante des déchets du quartier. En communiquant avec vos voisins, votre propriétaire et potentiellement les services municipaux, vous favorisez une réponse coordonnée. Cette vision globale évite l’effet « ping-pong » où les rongeurs se déplacent d’un étage à l’autre sans jamais disparaître.

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Que faire en cas de refus d’agir du propriétaire ?

Si le bailleur reste inactif, vous disposez de leviers légaux. Un propriétaire ne peut ignorer une infestation menaçant la santé des occupants ou l’intégrité du bâti. Ne cessez jamais de payer votre loyer de votre propre chef, car cela vous mettrait en tort juridiquement.

Saisir les services d’hygiène de la mairie

Chaque commune dispose d’un Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Contactez le Service Communal d’Hygiène et de Santé (SCHS) de votre mairie. Un inspecteur peut se déplacer pour constater l’insalubrité. S’il confirme l’infestation et l’inaction du bailleur, il peut envoyer une mise en demeure au propriétaire pour l’obliger à réaliser les travaux sous peine de sanctions administratives.

La conciliation et les recours juridiques

Si le dialogue est rompu, saisissez gratuitement la Commission Départementale de Conciliation (CDC). Cette instance aide à trouver un accord amiable entre locataire et propriétaire. En dernier recours, le tribunal judiciaire peut être saisi pour ordonner l’exécution des travaux, voire demander une réduction de loyer pour la période durant laquelle vous n’avez pas pu jouir paisiblement de votre logement.

Prévenir et limiter l’infestation au quotidien

La prévention reste la meilleure arme pour éviter une dératisation lourde. Quelques gestes simples rendent votre logement moins attractif pour les rongeurs, qui cherchent avant tout de la nourriture et un abri.

Stockage hermétique : Utilisez des bocaux en verre ou des boîtes en plastique rigide pour vos denrées sèches. Les sacs en papier ou plastique fin sont inefficaces face aux dents des souris.

Gestion des déchets : Ne laissez jamais de sacs poubelles ouverts à l’intérieur. Nettoyez régulièrement le dessous des meubles de cuisine où les miettes s’accumulent.

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Bouchage des accès : Une souris passe par un trou de la taille d’un stylo. Utilisez de la laine d’acier ou du mastic armé pour boucher les interstices autour des tuyaux de chauffage ou sous les éviers.

Éviter l’encombrement : Les piles de journaux, de cartons ou de vieux vêtements dans les recoins sombres constituent des nids parfaits.

En conclusion, si vous êtes locataire et que vous avez des souris, la loi protège vos droits, à condition de prouver que vous entretenez correctement votre logement. La clé réside dans la réactivité et la formalisation des échanges avec votre bailleur. Un logement sain est un droit, et la lutte contre les nuisibles fait partie des devoirs de gestion d’un propriétaire.

Apolline Duvivier-Rochefort

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