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Immobilier

Droit de jouissance : habiter, louer ou vendre selon son statut

Apolline Duvivier-Rochefort 8 min de lecture
Droit de jouissances : habiter, louer ou vendre

Publié par : — Rédactrice spécialisée en immobilier

Le droit de jouissance permet d’utiliser un bien immobilier et, selon le statut détenu, d’en percevoir les revenus. Il peut autoriser l’occupation d’un logement, sa location ou la perception des loyers. Il ne donne toutefois pas toujours le pouvoir de vendre, de donner ou de transformer le bien. Ces droits varient selon que l’on est propriétaire, usufruitier, nu-propriétaire ou simple occupant titulaire d’une convention.

La jouissance d’un bien : un droit d’usage, pas toujours la propriété

L’article 544 du Code civil définit la propriété comme le droit de jouir et de disposer des choses de la manière la plus absolue, sous réserve de ne pas en faire un usage interdit par les lois ou les règlements. Dans le domaine immobilier, jouir d’un bien signifie pouvoir l’occuper, l’utiliser ou en retirer des revenus.

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Le droit de jouissance peut appartenir au propriétaire en pleine propriété, mais aussi à une autre personne. C’est notamment le cas lorsque le bien fait l’objet d’un usufruit, d’un démembrement de propriété, d’un viager occupé ou d’une convention d’occupation temporaire. La jouissance peut être viagère ou temporaire, gratuite ou payante, exclusive ou partagée.

Son contenu dépend du titre qui la prévoit. Un acte, une convention ou le règlement de copropriété peut préciser la durée du droit, les personnes autorisées à occuper les lieux, la possibilité de louer le bien et la répartition des charges. Il faut donc examiner le document qui fonde la jouissance avant de déterminer ce que son titulaire peut réellement faire.

Les trois pouvoirs attachés au droit de propriété

Pour comprendre la portée de la jouissance, il faut distinguer les trois attributs classiques de la propriété :

  • L’usus est le droit d’utiliser le bien, d’y vivre, de l’occuper ou de s’en servir conformément à sa destination.
  • Le fructus est le droit d’en percevoir les fruits, par exemple les loyers d’un appartement ou les revenus d’un terrain.
  • L’abusus est le droit d’en disposer, notamment en le vendant, en le donnant, en le modifiant, en le démolissant ou en le transmettant.

La jouissance recouvre surtout l’usus et, dans certaines situations, le fructus. L’abusus reste généralement attaché au propriétaire ou au nu-propriétaire. Ainsi, habiter une maison ne signifie pas automatiquement pouvoir la vendre. De même, percevoir les loyers ne suffit pas à établir que l’on possède la pleine propriété du bien.

Usufruit, nue-propriété et simple droit de jouissance : ne pas les confondre

Le droit de jouissance est une notion générale. L’usufruit est un droit juridique précis qui réunit l’usage du bien et la perception de ses fruits. L’usufruitier peut donc habiter le logement ou le louer, tout en respectant sa destination et les droits du nu-propriétaire.

Statut Habiter le bien Louer et percevoir les loyers Vendre le bien seul
Propriétaire en pleine propriété Oui Oui Oui
Usufruitier Oui Oui, en principe Non
Nu-propriétaire Non pendant l’usufruit, sauf accord Non pendant l’usufruit Il peut céder sa nue-propriété
Bénéficiaire d’une convention de jouissance Selon la convention Seulement si la convention le prévoit Non

Dans un démembrement de propriété, l’usufruitier détient l’usus et le fructus. Le nu-propriétaire conserve principalement l’abusus. Il peut donc détenir la valeur juridique du bien sans pouvoir l’occuper ni en percevoir les loyers pendant la durée de l’usufruit.

Pour vendre la pleine propriété, l’accord de l’usufruitier et du nu-propriétaire est normalement nécessaire. Le nu-propriétaire peut toutefois céder sa seule nue-propriété. À l’extinction de l’usufruit, notamment au décès de l’usufruitier lorsqu’il est viager, il retrouve la pleine propriété sans qu’une nouvelle transmission du bien soit nécessaire.

Charges, impôts et travaux : ce que doit assumer le titulaire

Le droit de jouissance implique des obligations. Son bénéficiaire doit utiliser le bien avec prudence, respecter sa destination et contribuer à sa conservation. Il ne peut pas transformer librement un logement, changer son usage ou dégrader les lieux au seul motif qu’il les occupe.

Entretien courant et grosses réparations

Dans le cadre de l’usufruit, l’usufruitier assure en principe l’entretien courant et les réparations d’usage. Cela comprend le maintien du logement en bon état, les petites réparations et les dépenses liées à l’occupation. Les grosses réparations relèvent en principe du nu-propriétaire.

Cette répartition peut être précisée ou aménagée par un acte, sous réserve des règles applicables. Avant d’engager des travaux importants, les deux parties ont intérêt à déterminer par écrit leur nature, leur urgence et leur financement. Cette précaution évite qu’une intervention soit réalisée sans accord ou qu’une dépense soit ensuite contestée.

Le titulaire de la jouissance doit aussi respecter les droits de l’autre partie. L’usufruitier ne peut pas agir comme s’il était seul propriétaire, tandis que le nu-propriétaire ne peut pas reprendre l’usage du logement pendant l’usufruit sans accord. La conservation du bien dépend donc du respect des prérogatives de chacun.

Taxes, charges et revenus locatifs

L’usufruitier bénéficie de l’usage et des revenus du bien. Il supporte généralement les charges liées à cette jouissance ainsi que la taxe foncière. Lorsqu’il loue le logement, il perçoit les loyers. Le nu-propriétaire ne peut pas exiger d’occuper le bien ni de recevoir les loyers pendant l’usufruit, mais il conserve un intérêt direct à la bonne conservation de l’immeuble.

La répartition exacte peut dépendre du statut juridique, de l’acte constitutif et des stipulations convenues entre les parties. Il faut donc vérifier les documents applicables avant de conclure sur le paiement d’une taxe, d’une charge ou d’un travaux.

Pour analyser une situation, trois questions permettent de clarifier les droits de chacun : qui possède les murs, qui utilise les clés et qui reçoit l’argent produit par le bien ? Une même personne peut disposer des clés et percevoir les loyers sans pouvoir signer seule la vente. Une autre peut détenir la valeur future du bien sans avoir le droit d’y séjourner.

Donation, succession et viager : les situations patrimoniales les plus courantes

La donation avec réserve d’usufruit permet au donateur de transmettre la nue-propriété tout en conservant sa jouissance. Il peut continuer à vivre dans le logement ou le louer et percevoir les revenus. Les enfants, souvent nus-propriétaires, deviennent pleinement propriétaires à l’extinction de l’usufruit.

Cette organisation sépare donc la jouissance immédiate de la propriété future. Le donateur conserve l’usage du bien, tandis que les bénéficiaires reçoivent la nue-propriété. Les modalités doivent être prévues dans l’acte pour éviter les incertitudes sur l’occupation, la location, les revenus et les travaux.

En succession, le démembrement peut aussi résulter des droits attribués au conjoint survivant ou des choix opérés par les héritiers. La distinction entre usufruit et nue-propriété devient alors essentielle pour organiser l’occupation du logement, les éventuels loyers et les travaux à réaliser.

Dans une vente en viager occupé, le vendeur conserve habituellement la jouissance du logement jusqu’à son décès, selon les modalités prévues à l’acte. L’acquéreur devient propriétaire, mais ne peut pas disposer immédiatement du bien comme s’il était libre. Le contrat doit définir avec précision les charges, les travaux, l’assurance et les conditions d’occupation.

Copropriété et vente : encadrer la jouissance par des clauses précises

En copropriété, une jouissance exclusive peut concerner une partie commune, comme un jardin, une terrasse ou une cour. Elle ne transforme pas nécessairement cette partie commune en propriété privative. Le règlement de copropriété doit être consulté pour connaître l’étendue exacte du droit, les restrictions d’usage et la répartition des charges.

La jouissance exclusive peut être attachée à un lot tout en portant sur une partie commune. Son contenu dépend alors du règlement et des décisions qui l’ont établie. Un usage ancien ou une simple tolérance entre voisins ne suffit pas toujours à prouver l’existence d’un droit durable.

La modification ou la suppression d’une jouissance exclusive peut affecter les droits attachés aux lots. Selon la nature de la modification et les stipulations du règlement, une décision à l’unanimité des copropriétaires peut être requise. Il est donc préférable de vérifier le règlement et les décisions de l’assemblée générale avant toute remise en cause.

Lors d’une vente, la jouissance peut être différée lorsque le vendeur reste temporairement dans les lieux après la signature, ou anticipée lorsque l’acquéreur occupe le bien avant l’acte définitif. Une convention écrite doit alors prévoir la date de libération, une éventuelle indemnité d’occupation, la répartition des charges et des assurances, les travaux autorisés ainsi que les conséquences d’un retard.

Ces clauses doivent aussi préciser les conditions d’accès au bien et les limites de l’occupation. Elles encadrent la période située entre la vente et la remise des clés, ou entre l’occupation anticipée et la signature définitive. Une rédaction précise protège le vendeur comme l’acquéreur et réduit les risques de litige.

Apolline Duvivier-Rochefort
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