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Immobilier

Droit de préemption du locataire : une vente occupée ne donne pas toujours priorité

Apolline Duvivier-Rochefort 7 min de lecture
Droit de préemption locataire lors d’une vente occupée

Publié par : — Rédactrice spécialisée en immobilier

Votre propriétaire vend le logement : vous n’êtes pas automatiquement prioritaire pour l’acheter. Le droit de préemption du locataire dépend du bail, de l’existence d’un congé pour vendre et du type d’opération immobilière. Surtout, refuser d’acheter ne signifie pas nécessairement devoir partir : une offre de vente et un congé n’ont pas les mêmes effets.

Identifier la vente avant de chercher votre priorité d’achat

Le droit de préemption permet d’acquérir le logement en priorité, au prix et aux conditions régulièrement notifiés. Il ne permet pas d’imposer une réduction du prix. La première question est donc simple : le propriétaire vend-il avec votre bail, ou souhaite-t-il récupérer le logement pour le vendre libre ?

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SituationPriorité du locataireEffet sur le bail
Vente occupée ordinairePas de droit général de préemptionLe bail continue avec l’acquéreur
Congé pour vendre en location nueOui, sous réserve des exceptions légalesDépart à l’échéance si le congé est valable et l’achat non réalisé
Première vente après divisionOui, selon les conditions du dispositifLe refus ne met pas fin au bail
Vente en bloc de plus de 5 logementsOui, sauf notamment engagement de prorogation des bauxPas de rupture automatique
Vente par lots de plus de 10 logements par certains bailleurs personnes moralesGaranties collectives supplémentairesÀ examiner selon l’opération et les accords applicables

Dans une vente occupée ordinaire, le propriétaire n’a pas à vous adresser une offre prioritaire simplement parce qu’il vend. L’acquéreur devient votre bailleur, sans pouvoir vous imposer un départ immédiat. Les règles propres à une division ou à une vente en bloc restent toutefois à vérifier.

Le dispositif du congé pour vendre concerne principalement la location nue constituant la résidence principale, régie par la loi du 6 juillet 1989. La location meublée et le bail mobilité n’ouvrent pas ce droit sur ce seul fondement. D’autres protections peuvent néanmoins découler de la nature de l’opération.

Congé pour vendre : contrôler le document et son calendrier

L’article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadre le congé pour vendre. Le locataire doit le recevoir au moins 6 mois avant l’échéance du bail. Un simple message annonçant une mise en vente ne remplace pas ce congé.

Les mentions et destinataires à vérifier

Le congé vaut offre de vente. Il indique le prix, les conditions de vente et désigne précisément les biens concernés, y compris les annexes vendues avec le logement. Il doit reproduire les dispositions légales exigées et être accompagné de la notice d’information applicable aux obligations du bailleur et aux recours du locataire.

La notification peut être effectuée par lettre recommandée avec accusé de réception, acte de commissaire de justice ou remise en main propre contre récépissé ou émargement. Une lettre recommandée non réclamée peut compromettre le respect du délai : sa seule expédition ne suffit pas.

Chaque titulaire concerné doit être pris en compte. Pour les époux, partenaires de PACS et colocataires, les notifications dépendent notamment de la cotitularité et des informations connues du bailleur. L’article 9-1 de la loi de 1989 doit être vérifié lorsque la situation familiale n’a pas été portée à sa connaissance.

Les exceptions ne sont pas interchangeables

Une vente à un parent jusqu’au 3e degré inclus peut échapper à cette priorité, sous condition notamment d’occupation du logement par l’acquéreur pendant au moins 2 ans à compter de l’expiration du préavis. Les ventes HLM et les adjudications relèvent de règles particulières : il serait erroné de leur appliquer systématiquement le régime d’une vente amiable classique.

Division, vente en bloc et vente par lots : les protections spécifiques

La première vente après division

L’article 10 de la loi n° 75-1351 du 31 décembre 1975 prévoit une priorité lors de la première vente d’un logement consécutive à la division ou subdivision d’un immeuble. Elle peut bénéficier au locataire ou à l’occupant de bonne foi, même sans congé pour vendre.

L’offre doit respecter les informations légales requises, notamment sur le prix, les conditions et la superficie. Il faut vérifier l’historique du lot : toute vente d’un appartement en copropriété n’est pas une première vente après division. Pour certaines divisions, les seuils de 14 m² de superficie habitable et 33 m³ de volume habitable font également partie des règles à contrôler ; ils ne suffisent pas, seuls, à établir une priorité.

La vente de l’immeuble entier ou de nombreux lots

L’article 10-1 de la même loi vise la vente en totalité et en une seule fois d’un immeuble de plus de 5 logements. Le dispositif peut être écarté si l’acquéreur s’engage à proroger les baux pour garantir à chaque occupant concerné une durée de 6 ans à compter de la vente. Certaines cessions à des parents ou alliés jusqu’au 4e degré inclus sont également exclues.

La vente par lots de plus de 10 logements dans un même immeuble, par certains bailleurs personnes morales, peut relever d’accords collectifs imposant information, concertation et garanties supplémentaires. Un délai de 3 mois précède alors l’envoi des offres dans le régime concerné. Cette information préalable ne constitue pas, à elle seule, une offre de vente.

Répondre à l’offre sans confondre les délais

Pour le congé pour vendre, l’offre est valable pendant les 2 premiers mois du préavis. Les offres relevant des articles 10 et 10-1 obéissent également à un délai de réponse de 2 mois, selon leur point de départ légal. Une notification anticipée du congé mérite donc une attention particulière.

  1. Accepter par écrit, en identifiant le logement, le prix et les conditions acceptées.
  2. Préciser le recours à un prêt dans l’acceptation si l’achat nécessite un financement.
  3. Conserver une preuve de réception de votre réponse et transmettre le dossier au notaire.

Après acceptation, le délai de réalisation de la vente est en principe de 2 mois, porté à 4 mois en cas de recours à un prêt. Ce délai de signature ne doit pas être confondu avec celui laissé pour accepter. Dans le cadre du congé, le bail est prorogé jusqu’à l’expiration du délai de réalisation applicable.

Le refus ou le silence à l’expiration de l’offre fait perdre la priorité correspondante. Hors congé, cela ne termine pas le bail. Avec un congé valable, le logement doit en principe être libéré à l’échéance du préavis, sous réserve notamment des protections légales de certains locataires.

Si le vendeur accepte ensuite un prix inférieur ou des conditions plus avantageuses, une nouvelle notification est nécessaire dans les régimes concernés. Cette offre est valable 1 mois. Le locataire exerçant sa priorité n’a pas à supporter une commission d’agence correspondant à une recherche d’acquéreur qu’il n’a pas mandatée ; les frais d’acquisition restent distincts.

Préserver les preuves et réagir à une irrégularité

Constituez l’empreinte documentaire de la vente : enveloppe, avis de réception, congé intégral, annexes, annonce datée et échanges sur le prix. Comparer ces pièces peut révéler une cave oubliée, une baisse de prix non notifiée ou une date incompatible avec le préavis. Cette chronologie sera plus utile qu’une contestation fondée sur un souvenir d’échange téléphonique.

Une notification irrégulière peut entraîner, selon le manquement, la nullité du congé ou de la vente. Ces conséquences ne sont pas automatiques : elles nécessitent une analyse du régime applicable et, en cas de désaccord, une décision judiciaire.

Adressez rapidement une contestation écrite et demandez conseil à une ADIL, un notaire ou un avocat. Ne cessez pas de payer le loyer et ne considérez pas qu’une vente impose votre départ immédiat. Les délais d’action variant selon le recours, faites examiner les documents sans attendre l’échéance annoncée.

Apolline Duvivier-Rochefort
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